Le président du Courant patriotique libre (CPL), le député Gebran Bassil, a affirmé que son désaccord politique avec le Premier ministre Nawaf Salam n’altérait ni leur relation personnelle ni le respect mutuel. Il a rejeté toute tentative de présenter une position d’opposition au gouvernement comme visant une communauté confessionnelle particulière, soulignant que l’opposition du CPL est de nature politique et ne cible aucune composante libanaise.
S’exprimant dans l’émission « W Halla’ Shu? », présentée par le journaliste George Salibi sur la chaîne Al-Jadeed, Bassil a déclaré que le CPL avait voulu distinguer les membres du système politique de ceux qui n’en font pas partie, ajoutant : « Aujourd’hui, nous leur avons montré que “tous, c’est bien tous”, et que le CPL n’en fait pas partie. »
Il a indiqué que le CPL faisait partie de ceux qui avaient placé leurs espoirs dans le Premier ministre Nawaf Salam pour qu’il adopte une approche différente, affirmant que « les reproches sont à la mesure de l’affection ». Selon Bassil, compte tenu de son parcours judiciaire international, le juge Nawaf Salam n’était pas celui dont on aurait attendu qu’une loi d’amnistie sous cette forme soit promulguée sous son mandat.
Dans ce contexte, il a évoqué les anciennes fonctions de Salam à la présidence de la Cour internationale de Justice, se demandant comment une personne ayant occupé un poste international permettant d’engager des poursuites contre Israël pouvait en arriver, selon ses termes, à une situation dans laquelle « nous renonçons à notre droit de poursuivre Israël en justice ».
Concernant la séance parlementaire et la motion de censure contre le gouvernement, Bassil s’est demandé si la manière dont celle-ci avait été présentée avait embarrassé le Hezbollah. « C’est leur problème », a-t-il déclaré, affirmant que le CPL ne s’était coordonné avec aucun député ni aucun bloc parlementaire au sujet de la motion ou de la séance.
Il a estimé que ce qui s’était passé avait révélé des « positions à géométrie variable » de la part du Hezbollah, mais aussi des Forces libanaises et des Kataëb. « Nous sommes dans l’opposition, nous sommes la seule opposition au Parlement, et notre devoir est de demander des comptes au gouvernement », a-t-il déclaré.
Bassil a critiqué la gestion des débats au Parlement, estimant que le président de la Chambre avait privé le CPL de son droit à la parole. Il a souligné que la majorité avait bénéficié d’un large temps de parole, contre un temps limité accordé à l’opposition.
Il a affirmé que l’objectif n’était pas de faire tomber le gouvernement, mais de corriger son action, ajoutant qu’il souhaitait la réussite du Premier ministre Nawaf Salam et de son gouvernement, car « leur échec serait celui du pays ».
Il a expliqué que la séance s’inscrivait dans le cadre de l’examen de l’action du gouvernement, indiquant que le président de la Chambre avait promis une séance consacrée au gouvernement le mois prochain. Il a estimé que ce qui s’était passé au Parlement relevait davantage de « la complaisance à l’égard du gouvernement que de son contrôle », accusant le président de la Chambre, Nabih Berri, d’être « un partenaire dans le maintien du gouvernement à flot ».
Bassil a toutefois insisté sur la nécessité de distinguer ce désaccord politique de la situation dans le Sud. Il a déclaré que le CPL, malgré son désaccord politique actuel avec Berri, se tenait à ses côtés face à la crise et à ce qui se passe dans le Sud, exprimant sa solidarité avec lui et soulignant que les critiques politiques du CPL n’annulaient en rien cette position.
Évoquant le rôle de contrôle parlementaire, Bassil a affirmé que le CPL disposait d’interpellations, de faits et de chiffres et qu’il ne se livrait pas à une « démonstration », mais présentait aux Libanais des données relatives à l’absence de plans et de projets dans plusieurs secteurs.
Il s’est demandé où le CPL pouvait soulever ces dossiers s’il était privé de la possibilité d’en débattre au Parlement, soulignant que le parti disposait de dossiers et de questions précises dans différents secteurs sur lesquels il souhaitait demander des comptes au gouvernement.
Abordant ensuite la situation socio-économique, Bassil a indiqué que le salaire minimum au Liban s’élevait à environ 312 dollars et que les coûts de l’électricité, des générateurs privés et de l’essence pouvaient absorber le salaire. Il a imputé aux politiques gouvernementales, aux taxes et au laisser-aller dans plusieurs secteurs une partie de la responsabilité de l’inflation actuelle.
« Nous sommes en guerre. Avez-vous vu la politique du gouvernement en temps de guerre ? », a demandé Bassil.
Concernant les carburants, il a déclaré que le CPL, durant les années où il détenait le ministère de l’Énergie, avait refusé d’augmenter d’un seul centime la commission sur le bidon d’essence, alors que celle-ci avait ensuite été relevée d’un dollar à deux dollars.
Il a souligné que les subventions concernaient l’électricité, tandis que l’essence n’était pas subventionnée mais soumise à des prélèvements. Il a rappelé que, lorsque le CPL était au gouvernement, il avait élaboré des plans et fait appel au cabinet McKinsey, et qu’aujourd’hui, depuis l’opposition, il présentait à son tour des propositions sur ce qu’il convenait de faire ou d’éviter. Il a également critiqué l’absence de réforme fiscale dans l’action du gouvernement actuel.
Bassil a ensuite abordé le processus lié à l’accord-cadre, déclarant que lorsque les dispositions préliminaires indiquent clairement que les États-Unis sont l’unique parrain du processus et qu’il existe une seule voie vers un accord, passant par Washington, la question est, selon lui, de savoir si le Liban a ainsi renoncé au « Quintette ».
Il a affirmé qu’il serait erroné pour le Liban d’adopter une attitude hostile à l’égard des États-Unis, tout comme il serait erroné, à l’inverse, de penser que Washington prendrait le parti du Liban face à Israël.
Il s’est également demandé si l’absence de toute mention des résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU dans l’accord-cadre signifiait un abandon des résolutions internationales. Selon lui, il n’est pas possible d’éluder la réalité devant l’opinion publique en se contentant de qualifier le processus d’« accord-cadre », alors qu’il s’agit, selon sa description, d’un accord d’exécution comportant des indications claires sur les mécanismes de mise en œuvre.
Il a également évoqué l’autre option mentionnée par le gouvernement dans sa déclaration ministérielle, concernant le monopole des armes par l’État et l’élaboration d’une stratégie de sécurité nationale. Il a estimé que ce processus devrait conduire le Hezbollah à remettre ses armes dans le cadre d’un consensus libanais global.
Bassil a déclaré que le gouvernement avait attendu la proposition américaine et l’accord, et avait misé sur cette voie, demandant quels résultats avaient été obtenus jusqu’à présent.
Il a précisé qu’il ne s’exprimait pas dans une logique de rejet des négociations, mais qu’il critiquait la manière dont les résultats du processus avaient été présentés aux Libanais. Selon lui, il aurait été préférable de leur exposer franchement la réalité plutôt que de présenter ce qui s’était passé comme un acquis pour le pays, alors qu’il estime que le résultat a été davantage de destructions et un élargissement de la zone de sécurité.
Parallèlement à ses critiques envers le gouvernement, Bassil a également imputé au Hezbollah une part de responsabilité dans la situation au Sud, estimant que le parti, par sa politique, contribuait à la poursuite du déplacement des habitants du Sud.
Il a critiqué ce qu’il a qualifié de « manque de responsabilité » au sein du gouvernement ainsi que de la part des forces politiques qui en font partie ou qui se trouvent en dehors de celui-ci, accusant les forces politiques d’étaler leurs différends devant l’opinion publique tout en se partageant les intérêts au sein du pouvoir.
Il a appelé le Hezbollah à aider l’État, s’interrogeant sur la responsabilité du parti de prendre l’initiative de mettre une stratégie de défense à l’ordre du jour du Conseil des ministres, d’autant plus qu’il y est représenté.
Il a estimé que les faits avaient montré que le Hezbollah n’était pas en mesure d’accroître le coût supporté par Israël, appelant à rechercher des alternatives parallèlement à la poursuite de la confrontation.
Concernant la loi d’amnistie, Bassil a évoqué la disposition relative aux personnes ayant passé plus de deux ans en prison, affirmant que le recours du CPL contre la loi visait à « corriger la loi » et non à priver de l’amnistie ceux qui ont subi une injustice.
Il a déclaré que l’objection du CPL concernait l’amnistie accordée à des détenus ayant commis des crimes. Selon les chiffres qu’il a avancés, la loi concernerait environ 5 800 détenus, tandis que le nombre de détenus islamistes parmi eux ne dépasserait pas environ 200.
« Allons-nous amnistier tous les criminels pour régler le cas de quelques détenus ? », a-t-il demandé.
Bassil a expliqué que le CPL cherchait, à travers son recours, à obtenir une « annulation partielle de la loi », afin de permettre le traitement des cas de personnes ayant subi une injustice sans ouvrir la voie à une amnistie générale des auteurs de crimes.
Il a déclaré que, par sa position, le CPL protégeait les familles et les mères contre le retour de milliers de criminels dans la société, se demandant si le parti devait être sanctionné ou remercié pour cette position, alors même qu’il défend le droit des personnes ayant subi une injustice à bénéficier de l’amnistie.
Il a estimé que le Conseil constitutionnel pouvait procéder à une « correction interprétative » de la loi afin de lever l’ambiguïté tout en maintenant les dispositions concernant les personnes ayant subi une injustice et qui n’ont pas été jugées.
Il a ajouté que des magistrats, au premier rang desquels le procureur général Rami Hage, avaient affirmé que la loi d’amnistie était « illisible ». Selon Bassil, ce qui se produit en pratique revient à adopter une loi d’amnistie au bénéfice de criminels, estimant que la question était claire et ne nécessitait pas davantage d’explications.
Concernant le secteur de l’énergie, Bassil a déclaré que le ministre de l’Énergie, lors de sa prise de fonctions, avait reconnu que les plans existaient déjà et que sa mission consistait à les mettre en œuvre, mais que, selon Bassil, les Forces libanaises ne le laisseraient pas le faire en raison du « grand projet des générateurs ».
Il a également critiqué la position du Premier ministre concernant le financement des projets liés à l’eau. « Un Premier ministre dit : “Je ne veux pas financer les projets d’eau” », a déclaré Bassil, estimant qu’une telle position revenait à « priver les Libanais d’eau ».
Concernant les déplacés syriens, Bassil a mis en doute les chiffres avancés sur le nombre de personnes retournées en Syrie, indiquant que le Premier ministre évoquait le retour d’environ 700 000 déplacés.
Il a déclaré que le CPL avait, en revanche, reçu une lettre officielle faisant état d’un chiffre différent, soit 167 déplacés. Il a soulevé la question de l’écart considérable entre les deux chiffres et demandé une clarification des données réelles concernant le retour des déplacés.