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Syrie : et si Poutine avait raison ?

16
OCTOBER
2016
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Le président russe redoute une victoire des islamistes, le massacre des chrétiens orthodoxes et le chaos dans la région. Peut-on lui donner tort ?
Wahhabites" : c'est le vocable généralement employé par les Russes pour désigner les terroristes qui sévissent dans leurs Républiques musulmanes du Nord-Caucase. Le rite wahhabite, en vigueur en Arabie saoudite et au Qatar, se caractérise par une vision et une pratique particulièrement rigoristes de l'islam. Beaucoup plus rigide encore que l'islam chiite pratiqué dans l'Iran des mollahs. Pour Moscou, le danger qui menace la Fédération de Russie n'est pas théorique, et c'est une véritable guerre que livre le Kremlin au fondamentalisme sunnite. La montée en puissance des groupes islamistes en Syrie, la mobilisation des brigades internationales du djihadisme mondialisé apportent de l'eau au moulin de la diplomatie russe. Comme le risque de voir les chrétiens syriens, majoritairement orthodoxes, dont la Sainte Russie est le protecteur historique, massacrés ou chassés du pays.
Bien sûr, Moscou utilise aussi la carte syrienne dans un jeu compliqué de rapport de force avec l'Occident en général et les États-Unis en particulier. Mais il serait erroné de résumer la position russe à une simple affaire de marchands de tapis ou à la défense d'intérêts commerciaux d'ailleurs presque inexistants en Syrie. Quand Poutine dit redouter l'effondrement de l'État syrien et le chaos qui s'ensuivrait - à l'instar de ce qui s'est passé en Irak -, peut-on lui donner tort ?
Poutine n'est pas Staline
Mais, objectera-t-on, peut-on faire confiance à un tel individu ? Poutine, martèlent à satiété les nouveaux missionnaires de la morale universelle, est un affreux dictateur formé au KGB. Il foule au pied les droits de l'homme et la démocratie, fait poursuivre les valeureuses Femen, embastille les gentils oligarques. Pas étonnant qu'un tel satrape, s'indigne-t-on boulevard Saint-Germain, défende Bachar el-Assad. "Asinus asinum fricat" (l'âne frotte l'âne), disait-on jadis dans la Rome antique.
L'ennui, c'est que cette caricature ne correspond pas à la réalité. La Russie est loin d'être une démocratie exemplaire. Mais les libertés y sont davantage respectées que, par exemple, en Chine, pourtant regardée par le monde entier avec les yeux de Chimène et ceux de l'oncle Picsou. La télévision est sous contrôle, mais il existe une presse écrite indépendante très critique. L'Internet demeure libre, même si une loi permettant aux autorités de bloquer les contenus jugés nuisibles ou dangereux pour les enfants inquiète certains. La récente élection municipale à Moscou prouve que le parti de Poutine ne fait pas la pluie et le beau temps : l'opposant Alexaï Navalny a réalisé officiellement un score de 27 %, 35 % selon lui.
"La fin du communisme a été une bénédiction, la fin de l'URSS, une malédiction", entend-on souvent à Moscou. Poutine, comme beaucoup de Russes, partage sûrement ce point de vue et une certaine nostalgie impériale. Mais c'est, avant tout, un pragmatique, comme vient de le démontrer son initiative sur la Syrie. Il navigue entre deux pôles encore puissants : les nostalgiques du communisme et un nationalisme de plus en plus exacerbé. Tout en cherchant à s'appuyer sur les couches montantes : 40 % des Russes appartiennent aujourd'hui à la classe moyenne.
"Poutine est une sorte de centriste à la sauce locale", analyse un bon connaisseur. Évidemment, ce n'est pas François Bayrou. Mais ce n'est pas Staline non plus...

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